Les Ateliers de la Mutation…
La presse en parle

 

L’esprit de compétition est-il toujours d’actualité ?

 

Nombreux sont les universitaires à rendre compte de la part importante de la coopération dans la nature, voir les travaux de Jean-Marie Pelt ou ceux de notre intervenant Gauthier Chapelle. La majorité des espèces vivantes coopèrent pour la survie. A long terme, la prédation et la compétition sont des comportements minoritaires et limités dans la vie comparés au nombre de coopérations.

Par ailleurs, Patrick Tort, spécialiste de Darwin nous explique que nous avons jusqu’à ce jour une lecture partielle et partiale de Darwin, ne mettant en exergue, par un darwinisme social délibéré, que la seule Loi de la jungle pour rendre compte des rapports humains, ne valorisant que la compétition. Longtemps ignoré le livre de Darwin sur l’être humain, La Descendance de l’Homme parle de tout autre chose que L’origine des espèces.

Patrick Tort démontre l’effet réversif de la sélection naturelle. En effet, l’être humain fait preuve de comportements solidaires vis-à-vis des plus faibles, nous nous occupons des plus démunis ; les actions sociales, les missions des ONG en rendent compte.
Ainsi l’évolution du vivant et notamment de l’être humain, décrit comme espèce la plus élevée sur l’échelle du vivant, abandonne, au fur et à mesure que sa conscience se développe, les comportements de prédation et de compétition pour privilégier ceux de coopération, de solidarité et d’entraide.

L’évolution du concept de courage prend en considération cette transformation fondamentale (différents travaux récents en rendent compte, Cynthia Fleury). Il n’est plus question de l’héroïsme conquérant d’un seul être humain (sauf dans quelques films hollywoodiens), mais il épouse une nouvelle forme celle de la solidarité de plusieurs individus dans les actions du quotidien.

Ensuite, Marcel Mauss, et depuis le laboratoire qui poursuit ses travaux, a mis l’accent sur le don qui représente une autre modalité d’échange, renforçant le lien social qui a existé de tout temps dans l’histoire humaine. Don et troc reprennent de la vigueur à la suite des différentes crises financières conduisant à penser autrement les échanges, reconsidérant la richesse et le rapport à l’argent. De nombreuses initiatives de monnaies libres, plus de 5000 dans le monde, démontrent qu’un mouvement est en marche. La volonté de solidarités sociales prime sur la financiarisation qui exclue.

Enfin les impératifs écologiques (moins de ressources que nos consommations n’en exigent, des pollutions accrues) nous forcent aux solidarités et nous obligent à revoir nos modes de fonctionnement : conscience et comportements. De fait, nous évoluons à vitesse grand V. Sans mutation profonde de notre humanité, nous condamnons notre civilisation humaine au désastre (Edgar Morin, Patrick Viveret, …)

La vitalité citoyenne qui réalise des transformations majeures a longtemps été tue, il a fallu les printemps arabes pour que l’évidence saute aux yeux : les changements fondamentaux de notre société viennent du bas (bottom up) et non pas des establishements et institutions qui ont trop à perdre pour se remettre en cause. Ce sont ceux-là même qui continuent à véhiculer les représentations de sélection naturelle de Darwin, déformation abusive et manipulation délibérée des recherches scientifiques.

PS : Partout, on sent monter un appel à la solidarité, à l’empathie ; on vante “l’esprit coopératif”. Qu’en est-il dans l’entreprise et le monde du travail?
CM : Cela dépend des entreprises, de leur culture et de l’impulsion de leur PDG.
La réalité de compétition entre entreprises, la logique de marché n’impliquent pas forcément des comportements de prédation.
Les entreprises qui appliquent réellement le développement durable et la RSE sont déjà en chemin vers de nouveaux comportements, impliquant leurs partenaires, leurs clients. De grands groupes comme Danone en sont un exemple réel. Il prouve aussi qu’il est à cheval entre les deux modèles de société (moderne et néo-RenaiSens). La réalité de la mutation, c’est qu’il faut accepter d’avoir un pied dans chaque environnement. Un pied sur chaque berge avant de pouvoir changer de rivage. Il n’est pas possible de faire émerger le nouveau paradigme ex nihilo. Il est normal que le nouveau émerge de l’ancien. Et face aux critiques acerbes de quelques puristes, l’essentiel à retenir, ce n’est pas que les grands groupes font du « green washing » ou du « social washing », ce qui est sans doute le cas de quelques-uns, mais plutôt de louer le courage de certains patrons visionnaires qui, par leur audace, entraîne d’autres groupes du CAC 40 dans leur sillage. Alors avec les effets de seuil, le mouvement est en marche et la mutation en train de s’opérer sous nos yeux.
L’économie solidaire et sociale, longtemps décriée notamment par le Medef, devient un véritable intérêt pour toutes les grandes écoles françaises, comme une alternative réelle à l’économie actuelle et très nombreux sont les jeunes diplômés qui veulent travailler dans des entreprises ayant ce type d’engagements. Là encore, certains verront cette tendance comme une opportunité de business et pendant qu’ils cherchent à la capturer l’effet de transformation s’opère à leur insu. C’est une question de temps pour observer le changement dans sa globalité.

PS : Imaginer des entreprises où ne règnerait pas la compétitivité et où les employés ne chercheraient pas à être les meilleurs n’est-il pas un doux rêve?
CM : Il y a une différence entre émulation et compétition. Il est possible de développer respect et encouragement des différences : impliquant pour chacun de savoir comment prendre sa place et gérer son rapport au pouvoir. Il est question de manifester une réelle autonomie et déployer sa puissance sans que cela se traduise par l’élimination d’autrui.
De nouveaux modèles de gouvernance apparaissent et se développent assez vite, proposant une autre distribution et rétribution du pouvoir, utilisant la dynamique d’une démocratie participative. Ce qui est largement porté par les PME : CJD, LEH, Réseaux Entreprendre, Entrepreneurs d’Avenir… Chacun, à sa manière, réalise de nombreuses innovations qui ne sont pas toujours connues du grand public.
Il est important de comprendre que nos plus grandes résistances viennent de nos représentations de la réalité. Pourtant, à ne pas vouloir évoluer, aucun leader n’est désormais à l’abri du symptôme Ben Ali.

PS : Qu’est-ce qui peut motiver un employé si ce n’est l’esprit de compétition?
CM : Il existe de grandes satisfactions dans la collaboration. En apprenant à sortir de la jouissance que l’on peut ressentir à nuire à autrui, en cherchant à exister, on découvre le plaisir de à faire avec… Jouir de, c’est considérer l’autre comme un objet, prendre du plaisir avec c’est restaurer l’altérité, restituer à autrui son statut de sujet. Et de cette co-construction beaucoup de reconnaissance et de satisfaction peuvent advenir.
Tout est question de représentations, de conditionnement, de valeurs fondatrices, de formation, de culture, d’éducation et de mise en expérience. Lorsque les personnes expérimentent autre chose, elles en découvrent les avantages, alors progressivement les représentations évoluent puis les comportements et finalement la norme bouge à son tour.
Toutefois, il faut de la lucidité pour savoir composer avec l’ambivalence humaine et ne pas tomber dans une idéologie utopiste qui en niant une partie de la réalité de l’être humain risquerait de voir resurgir toute la force de la puissance du refoulé.

PS : Sans esprit de compétition, n’est on pas condamné à l’échec?
CM : Non, car cela équivaudrait à hypothéquer la seule vitalité à la guerre. Pourtant la vie nous démontre chaque jour sa puissance de création face aux destructions qu’elles soient naturelles ou humaines. Un brin d’herbe fait exploser la pierre, une liane contourne l’obstacle et la réussite prend des formes multiples.
Professionnellement, il est possible d’inventer de nouvelles modalités de travail ensemble, (ce qui peut répondre aux modalités pour sortir de la souffrance au travail), de partenariat avec les parties prenantes (fournisseurs, clients, ONG…). Par exemple, on peut changer la donne dans un cas d’appel d’offres, les compétiteurs se regroupent et apportent des réponses concertées… Le client ne peut plus mettre en compétition dans le seul but de faire baisse les prix, mais peut résonner avec ses fournisseurs sur le sens de sa demande et quelle est la réponse la plus adaptée. L’essentiel est d’encourager la créativité en modifiant les prédicats de base : en sortant des valeurs de guerre, ressorts de la compétition, et en les remplaçant par des valeurs de paix alors des comportements de solidarité adviennent et des innovations sociales apparaissent. La réussite peut s’envisager à plusieurs. L’individualisme n’est plus la norme.

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